Lyon se veut secrète, mais juste parce que dans la discrétion on travaille mieux. Nichée au creux du lyonnais (Le grand Lyon a mangé presque tout le département), La ville des Gaules t'accueille dans la douceur, Elle t'enveloppe de ses reflets ambigus.

D'emblée Elle t'avoue qu'elle te trompera, qu'elle ne se donnera pas facilement. Elle va te dérouter, se cacher, un peu exprès. Suis-tu ses panneaux indicateurs? tu tournes en rond, à la recherche de ses trois ou cinq centres. Pour commencer, Elle te conseille son Vieux Lyon, n'y va pas en voiture, malheureux! Tu t'engages pedibus gambus dans ses étroites rues, que l'on peut relier en traboulant à travers les immeubles, au risque d'y perdre le nord. C'est ravissant et désuet. Puis tu grimpes jusqu'à ce que tu crois être sa cathédrale, mais tu ne rencontres que le désert de Fourvière.

Tu retournes sur tes pas, sur la belle place Bellecour, au pied du cheval est le point de rencontre, mais est-ce vraiment le centre?

Où que tu sois la basilique sur la colline qui prie te voit, mais chut, ne dis pas la basilique, ça ne se fait pas, dis plutôt Fourvière, ou parle d'elle par son petit nom, "l'éléphant".

Elle appartient aux lyonnais, ils ont bien le droit de l'appeler comme ils veulent, non? Et puis avec ce nom là, on la pressent davantage protection bienveillante. On te racontera qu'elle est consacrée à Marie, ce qui est vrai, et qu'on la fête le 8 décembre en commémoration d'un vœu de 1643 pour échapper à la peste, une information falsifiée. La fête à Marie a lieu le 8 septembre en fait, et ce sont les lyonnais, jamais à court d'un pied de nez, qui illuminent depuis 1852 la fête des Lumières du 8 décembre!
De bellecour, tu es guidé vers la place des Terreaux, la fontaine Bartholdi séculaire est consacrée au deux fleuves, sûrement la Saône et le Rhône, penses tu?
fontaine Bartholdi par aroyosmage domaine publicQue nenni, ce sont la Dordogne et la Garonne, puisqu'elle était destinée à Bordeaux à l'origine. Et elle trône au milieu de la place depuis...1992 seulement. Avant, elle était à quelques dizaines de mètres, sur le petit coté.
Puisque tu es ici, entre au musée des beaux-arts, il cache son trésor. La grande ville s'efface et tu es dans un petit cloître hors du temps et du bruit. J'y allais souvent grignoter, et rêvasser sur un banc de bois, en compagnie d'hommes nus figés pour l'éternité.
jardin musée beaux arts par Aymeric Lopez licence gnuTout près tu imagines que l'opéra va te proposer un monument sans surprise, de 1831, c'est un classique du 19ème. Mais tu lèves les yeux : Eh oui, il est trompeur, lui aussi. J'ai vu lorsqu'ils l'ont vidé comme un pot de glace, ne laissant que la façade. Puis la haute verrière a poussé, et depuis 1993 lui aussi est Nouvel, Jean Nouvel. De là il est simple de monter à la Croix Rousse, la colline qui travaille, et tu croiseras sur les pentes les artistes, avant de parvenir dans un village très vivant, en pleine ville. Tu chercheras vainement la croix rousse en question, il n'y a qu'un caillou, mais un gros, parfois déguisé.
presqu'île par agayfriday droits de la photo licence cc. droits du trompe l'oeil réservés au créateur.L'esprit de contradiction te suivra en direction du dernier centre en date, la Part Dieu. Pas sûr que Dieu y retrouve sa part, car le centre économique de la ville y bat le vingt et unième siècle capitaliste et rationnel.
Tu vois, Lyon cache son jeu, grande ville provinciale, petite métropole ultra branchée.
Je devrais encore te présenter Villeurbanne, ville de banlieue incluse dans la ville, à l'intérieur du périphérique. Bien entendu on ne le nomme pas périphérique, ce serait trop simple, c'est la rocade. A Villeurbanne, le quartier des gratte-ciels mérite amplement ton coup d'œil, superbe ensemble 1930, où tu ne verras bien entendu aucun... véritable gratte-ciel!
Enfin tu renonces à la logique, acceptes de laisser Lyon t'apprivoiser, musardes avec la Saône,
La saône par agayfriday sous licence ccparcours les quais du Rhône en amoureux, et avec un peu de patience, tu lèveras tous Ses jolis ou déconcertants secrets.