lundi 21 juin 2010

LE MOULIN

La roue tourne et l'eau file dans les pales alourdies,
arrache à son moyeu une plainte écarlate,
qui trébuche à l'oreille du flâneur assourdi.
Dans son jeu libertin l'engrenage s'éclate,
il crépite en virant et transmet la fureur
du torrent contrarié au travers du moulin.
De ses larmes brillantes l'enthousiasme coureur
engendre sur la pierre le mouvement malin,
qui du fruit de la terre exprimera le lait.
Mais d'abord rougissant le blé s'enquiert s'il plaît:
il s'unit avec l'eau pour trois jours sous la lune
juste là, au sommet, lové dessous la hune.

Roue à eau moulin chenillé par l'auteur
Le moulin par agayfriday sous licence cc

Leur descendant fleurit la meule irrésistible,
l'immaculée blancheur nait au cœur de la cible,
vole, court, roule, et s'infiltre, volutes de questions,
inexplicablement de par l'orchestration
du meunier réunie en farine ou en son.
Le grain qui de tous temps a porté la leçon,
soutenu l'existence de la chose fragile,
de l'homme a dans ce lieu trouvé sa cathédrale,
demi-Dieu servi par le farinier agile
pour danser sa survie et en ouvrir le bal.

Moulin de Chenillé en Anjou par l'auteur
Le moulin livre2 par agayfriday sous licence cc

samedi 12 juin 2010

LE CHALUT

Soumis à la loi de la mer insolente, le goéland tanguait d'orgueil défié.
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Feu de-StPol par Alain Darles licence Creative Commons
Feu de ST POL par Alain Darles sous licence Créative Commons
Zephyr le déchirait sans briser ses virages,
pour qu'aussitôt son envergure retrouve sa forme, sa flèche un brisant.
Les plumes savaient jouer les violons larmoyants,
puis dans une sonnerie de cor de chasse redresser l'allure de l'arc tendu par dessus les eaux.
Le jeu se poursuivait toujours,
dans des figures plus acrobatiques que la galaxie d'Andromède dans les millions d'années.
Qui saurait égaler la diversité rauque de l'oiseau exalté dans le gros temps des hommes?
L'homme justement ignorait celui qui fidèlement le suivait.
Sur le fendant d'écume, le bas bord du pêcheur s'invitait à la houle.
Le travail était lourd aux mains de brique et de bois chenu.
Bien plus que d'un espoir de conquête, son esprit battait les vagues en invitant l'ondine.
Car ce n'était pas de pain que vivait le marin mais bien d'océan,
d'immensités bêchées par le vent et râpées de soleil.
A chaque instant on aurait voulu voir le compagnon ailé rattraper l'embarcation,
mais d'aussi près qu'il l'approche c'était comme si la belle se refusait.
Jamais au contact de son pont ou de son filet le volant ne venait.
Depuis les semaines des mois à partager l'embrun des humains,
l'élégant éclair blanc n'en avait relevé que la traîne.
Il avait rencontré bien des cortèges, mais ses congénères lassés renonçaient à la haute,
tandis que lui, défiant ses éléments frères,
testait éternellement son équilibre instable dans le sillon du chalutier.
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Husum Harbour par atelier Joly licence creative commons
Husum Harbour par atelier Joly sous licence Creative commons
Puis les cales frétillantes,
le bateau redressa sa trajectoire dans la perspective du ponton immobile.
Quelques heures d'azur entamé, et le rubis du phare annonça la fin du corps à corps.
Le bâtiment indifférent virait sous la jetée dans la hâte de l'atterrissage,
lorsque provenant du fond de l'estime,
le regard bleu du breton croisa la fierté fauve du goéland fuyant,
dans un dernier salut.