Bonjour Flavien. Qui je suis? Tu me connais, voyons, je suis ton... arrière grand oncle Flavien, Flavien.
Oui, je sais, nous portons le même prénom et le même nom.
Il faut que tu me rendes service, mon petit. Je viens de partir, et je n'ai pas pu dire au revoir à Marguerite. Tu dois aller la voir, elle s'inquiète. Nous sommes le dix novembre, et elle n'a pas eu de nouvelles de moi depuis plus d'un mois. C'est horrible, la guerre, j'espère que tu ne la feras jamais.
Comment nous sommes le onze, le jour de l'armistice? Ils ont enfin arrêté cette connerie? Trop tard pour moi, mon petit.
Mais vite, s'il te plaît, cours, je la vois se réjouir, elle saute de joie, elle croit que la guerre est finie, que je vais rentrer, dis lui que je vais bien, que je pense à elle. Mais rentrer, je ne crois pas.
J'ai pris une balle, tu sais, hier.
C'est bête, la veille de l'armistice, c'est idiot, et elle ne le sait pas.
Je t'en supplie, Flavien mon petit, elle est blanche comme l'ivoire, ils viennent de lui dire, fonce, crie lui que ça va, je n'ai pas eu mal, je l'aime.
Ils m'ont pas loupé, les boches, j'ai rien senti, je n'ai pas eu vingt ans, je ne les aurai plus, et le souffle d'un esprit, je suis arrivé à toi.
Dépêche-toi, elle va épouser ce brave gars, mais c'est moi qui suis dans son cœur.
Dis-lui que je l'aime, que je reste près d'elle, qu'elle doit vivre et être heureuse.
Dis-lui,...Comment, tu ne peux pas? En...2010??? Non, en 18! 2010??? Mais alors! Je dois partttttttt...
Je me réveille les joues humides, trop chaud sous les couvertures sans doute. Dans les brumes entre sommeil et conscience, je repense à ce monument, dans l'est de la France, avec mon prénom et mon nom. Ceux d'un frère de mon aïeul.
Flavien, écrit le 11 novembre 2010